L’évolution des qualifications en Europe

cedefopLe centre européen pour le développement de la formation professionnelle (CEDEFOP) a réalisé un certain nombre de travaux prospectifs sur les évolutions quantitatives et qualitatives de l’emploi européen à 2020. Ces travaux ont fait l’objet d’une note synthétique[1] qui pointe les risques d’inadéquation entre le profil de compétences des individus et le contenu des emplois. Pour le CEDEFOP la structure qualitative des emplois à 2020 sera la suivante : 31,5 % des emplois exigeront des qualifications de niveau supérieur, 50 % des emplois correspondront à des qualifications de niveau moyen et 18,5 % des emplois n’exigeront que peu de qualifications. Un tel schéma s’oppose aux thèses qui pronostiquent une polarisation croissante des niveaux d’emploi où de nombreux très qualifiés côtoieront de nombreux non qualifiés au détriment des qualifications intermédiaires.

L’étude du CEDEFOP est donc un rappel salutaire de la nécessité de comprendre les transformations des contenus d’activité et des compétences si on veut analyser les évolutions de l’emploi. Les nomenclatures d’emploi ne sont pas des grilles fiables d’analyse des qualifications professionnelles et leur usage unilatéral peut aboutir à des appréciations erronées, notamment en termes d’effort de formation prioritaire. L’approche du CEDEFOP a le mérite de s’appuyer sur une approche européenne des compétences assez éloignée des représentations franco-françaises (construites dans les années 60) des niveaux de formation et de qualification.

pyramide_maslow_2_gr-c5a16Ce type d’analyse ne vise pas à revenir aux politiques adéquationnistes de l’après-guerre consistant à organiser les sorties du système éducatif en fonction d’une répartition stabilisée des postes de travail dans l’économie. Ces travaux concourent plutôt à mieux utiliser les différents outils en matière d’effort éducatif, de régulation du marché du travail, d’usage approprié de la formation continue, de politique d’embauche, etc. La dynamique de l’emploi ne coïncide pas automatiquement avec la dynamique professionnelle des personnes. Certains emplois sont attractifs, d’autres moins, des secteurs déclinent alors que d’autres sont en expansion ou en mutation. Si tout le monde s’accorde à souligner la montée en qualification et en compétences des emplois de demain, on est loin d’une convergence sur la signification et les conséquences d’un tel processus.

Les inadéquations soulignées par les travaux du CEDEFOP illustrent ces mécompréhensions qui font que l’effort éducatif de certains pays a abouti à des déclassements liés à l’embauche de « sur-diplômés » mais aussi à l’éviction de jeunes ou de seniors considérés comme sous-éduqués. La confusion entre éducation (acquisition de connaissances générales) et montée en compétences est, par exemple, une source d’imbroglio pour les jeunes et les entreprises. L’illusion d’une pérennité des savoirs de base quand ils ne sont pas mobilisés dans l’activité professionnelle a occulté les phénomènes d’illettrisme chez les adultes. La volatilité de certaines compétences techniques pointues ou spécialisées est également une source de fragilisation des qualifications de nombreux salariés.

Les travaux du CEDEFOP ne suffisent pas à résoudre toutes ces questions mais permettent de conforter des pistes d’investigation en matière d’analyse du travail et, notamment, d’approfondir la notion de qualifications et de professions intermédiaires. La crise de l’encadrement de proximité, soulignée par de nombreux experts du travail, fait partie de ces chantiers à consolider.

Paul Santelmann, Responsable de la Prospective à l’AFPA

Un intermède musical : 03 – Bagatelle Opus 9

 


[1] Note d’information – juin 2010 « L’inadéquation des compétences en Europe »

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