Bertrand Schwartz est décédé !

Publié le 1 août 2016 par Paul Santelmann
 

La communauté de la formation permanente est en deuil. Bertrand Schwartz nous a quitté ce dernier Weekend de Juillet à 97 ans. Cet infatigable militant de la promotion sociale et de la lutte contre les inégalités sociales a été une référence pour la formation des adultes et des jeunes en insertion. Dans les années 60 il dirigera le CUCES de Nancy et contribuera à la création de l’INFA (Institut national pour la formation des adultes) dont il prendra la direction jusqu’en 1969. Ces établissements feront référence dans le champ de la formation des adultes. En 1969 il crée la revue Education Permanente qui demeure un point d’ancrage théorique et pratique pour les formateurs d’adultes.

En 1981, à la demande de Pierre Mauroy, premier ministre de l’époque, il produit un rapport sur l’insertion professionnelle et sociale des jeunes qui ouvrira la voie à la création des missions locales et des permanences d’accueil d’insertion et d’orientation (PAIO). Mais il ne s’enfermera pas dans le champ de l’insertion des jeunes comprenant qu’il y a une ambition plus large à porter en direction des moins qualifiés qu’ils soient jeunes, chômeurs ou salariés. Il créera notamment la mission « nouvelles qualifications » au milieu des années 80 destinée à développer des actions innovantes en direction des jeunes et des salariés où il s’agit de combiner les transformations du travail et la montée en compétences des moins qualifiés. Son mot d’ordre de l’époque, toujours d’actualité, sera : « moderniser sans exclure » (il en fera un ouvrage publié à la Découverte en 1994).  Il s’imposera comme un militant d’une alternance formative ambitieuse centrée sur la transformation du travail et la valorisation des savoirs des moins qualifiés.

Il participera, à la fin des années 90, à la mise en œuvre du programme Nouveaux Services – Emplois Jeunes notamment dans le champ de la médiation sociale. Sa ligne de conduite, pragmatique, innovante et ambitieuse, ne bénéficiera cependant pas d’un appui indéfectible de la part des institutions, des syndicats et des gouvernements. Il a pourtant tracé une voie qu’il faudra bien reprendre et systématiser car elle s’est inscrite dans un diagnostic pertinent de la nécessaire articulation de l’économique et du social.

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA

 

Une étude à mettre entre toutes les mains

Publié le 25 juillet 2016 par Paul Santelmann
 

Une note d’analyse de France Stratégie (n° 49 – Juillet 2016) réalisée par Nicolas Le Ru aborde la question des effets de l’automatisation sur l’emploi. Contrairement à des analyses récentes (que nous avons brocardé) annonçant des destructions massives d’emplois liées au développement des robots et de l’intelligence artificielle, l’étude de Nicolas Le Ru a l’immense mérite de rompre avec ces thèses déterministes. L’auteur souligne notamment les limites d’une approche « techniciste » des emplois (sur-dimensionnant les effets des technologies) qui ne tiendrait pas compte des contextes sociaux, organisationnels ou économiques. Le même métier ne s’exerce pas de la même façon dans des pays différents, des entreprises ou des secteurs différents… Lire le reste de cet article »

 

Toujours plus de temps pour aller au travail !

Publié le 13 juillet 2016 par Paul Santelmann
 

Plusieurs études régionales de l’INSEE font état d’une hausse des distances parcourues par les personnes pour aller à leur travail. Ainsi en 2013, deux tiers des actifs en emploi de la région Grand Est se déplacent hors de leur commune de résidence pour aller travailler. L’augmentation du nombre de navetteurs s’accompagne d’un accroissement des distances parcourues pour aller travailler. En 2013, les navetteurs à plus de 30 minutes de trajet en voiture de leur lieu de travail représentent 26,3 % de l’ensemble des navetteurs, frontaliers exclus, contre 22,8 % en 1999. Au contraire, les déplacements les plus courts, de moins de 15 minutes, concernent 28,3 % des navetteurs en 2013, soit 4,4 points de moins qu’en 1999. Lire le reste de cet article »

 

Comment repositionner la VAE ?

Publié le 12 juin 2016 par Paul Santelmann
 

En 2012, ce sont 48 709 candidats (50702 en 2008) qui ont été présentés aux différentes épreuves de validation des acquis expérientiels (VAE) dont 6276 pour le seul Ministère chargé de l’Emploi. Cette démarche qui devait s’adresser prioritairement aux actifs non diplômés et/ou faiblement qualifiés se heurte au système de validation et de certification français essentiellement conçu pour la formation professionnelle initiale et un enseignement professionnel de type scolaire. Dans ce système les acquisitions en situation de travail ne sont appréhendées que comme applications des enseignements en centre de formation et où l’expérience singulière liée au collectif de travail n’est pas intégrée comme telle. Lire le reste de cet article »

 

Subir ou maitriser le numérique ?

Publié le 22 mai 2016 par Paul Santelmann
 

La diffusion du numérique déstabilise les modèles organisationnels verticaux, pyramidaux et centralisés qui traduisent l’attachement à une division du travail obsolète. Elle remet également en cause les références du compromis qui fonde notre droit social issu de l’après-guerre. A force d’avoir dissocié l’économique, l’éducatif et le social, l’action publique se retrouve sans repères opérationnels face aux illusions technicistes qui portent aux nues le numérique comme solution aux problèmes de la société. Certains consultants évoquent même la notion de « civilisation numérique » comme si il y avait une civilisation de la machine à vapeur… Lire le reste de cet article »

 

Revoir la conception des diplômes de l’enseignement initial (2)

Publié le 8 mai 2016 par Paul Santelmann
 

La formation initiale doit dégager des horizons et non pas les fermer. Le choix d’un métier à 16 ans, voire à 14 ans, en dehors de quelques vocations précoces, n’a plus de sens. Il y a des milliers d’emplois différents, soit on construit des diplômes pour chacun d’entre eux (ce qui est à l’évidence une déperdition massive), soit on n’élabore des diplômes que pour les emplois les plus nombreux (ce qui équivaut à assécher le recrutement dans les autres qualifications), soit on définit des troncs communs et des filières suffisamment larges pour couvrir l’ensemble des activités professionnelles. Cette dernière option est d’ailleurs la seule qui permet une articulation avec des certifications ciblées sur des métiers précis ou des compétences spécialisées portées par les branches professionnelles ou les entreprises. Lire le reste de cet article »

 

Revoir la conception des diplômes de l’enseignement initial (1)

Publié le 1 mai 2016 par Paul Santelmann
 

L’intérêt de diplômes-métiers ou correspondant à une qualification très précise, c’est qu’ils puissent garantir ou simplement favoriser un accès rapide dans l’emploi visé et une carrière professionnelle plutôt stable dans cet emploi. Si l’insertion est longue, les acquis techniques risquent d’être oubliés, si l’emploi est de courte durée ou peu qualifié, la possibilité de rebondir professionnellement dans un autre métier sera entravée par les lacunes techniques de départ. Il n’y pas besoin d’analyses statistiques approfondies pour constater qu’il y a bien longtemps que les principales justifications des diplômes étroits ne sont plus réunies. Lire le reste de cet article »

 

APPEL A CONTRIBUTION

Publié le 16 avril 2016 par Paul Santelmann
 

Le prochain hors-série AFPA-EDUCATION PERMANENTE (2017) aura pour thème :

L’analyse du travail au service des systèmes de formation

(hors champ médico-social)

Objectifs

• Finalités et objectifs de l’analyse du travail dans le champ de la formation professionnelle

• Analyse du travail et formation en situation de travail

• Analyse du travail sous l’angle de l’employabilité des salariés

• Formation intégrée au travail

• Etat des lieux des méthodes d’analyse des activités professionnelles en termes de compétences

• Conditions de développement des organisations de travail apprenantes ou qualifiantes.

Contributeurs : salariés AFPA, contributeurs externes (chercheurs, institutions, entreprises, syndicats).

Types d’articles (25 000 signes) à produire pour le comité de pilotage AFPA/Education permanente :

• Articles de fond et de recherche.

• Articles sur les politiques de formation en lien avec le sujet.

• Articles sur les orientations de l’AFPA dans le domaine.

• Articles sur les pratiques des organismes de formation.

Calendrier

Réception des projets d’articles (12/15 lignes + un titre) : 10 mai 2016 par : paul.santelmann@afpa.fr

Information aux auteurs retenus : 1er juin 2016

Remise des textes définitifs : 15 novembre 2016

Publication : mars 2017.

 

Le chômage des jeunes, l’arbre qui cache la forêt….

Publié le 15 avril 2016 par Paul Santelmann
 

Les données sur le chômage[1]sont souvent l’occasion d’interprétations approximatives notamment sur le chômage des jeunes. En effet le taux de chômage est calculé sur la base de la population active (en emploi ou recherchant un emploi) et celle-ci n’excède pas 3 millions chez les moins de 25 ans. Parmi eux, le nombre de demandeurs d’emploi (catégories A) était de 516 900 en Février 2016 (541 000 en Février 2015). En ajoutant les 260 000 jeunes demandeurs d’emploi en catégorie B et C, on a une proportion de 9,2 % de jeunes inscrits au chômage sur une population totale de 8,4 millions. Lire le reste de cet article »

 

Des robots faillibles… Des hommes irremplaçables…

Publié le 9 avril 2016 par Paul Santelmann
 

La mésaventure de Microsoft et de son robot « tchatteur » TAY donne la mesure des errements des théories qui prétendent faire de l’intelligence artificielle un processus de remplacement de l’intelligence humaine notamment dans le travail. A force d’être fascinés par les prouesses technologiques certains technologues ont oublié ce qu’il en était de l’activité humaine et de sa dose d’irrationalité, d’inventivité et de contournement des normes.

Conçu par Microsoft (pas un geek dans son studio) pour converser sur les réseaux sociaux, TAY, robot « apprenant », était supposé se perfectionner en assimilant le contenu de ses échanges avec les jeunes internautes visés par le géant de l’informatique. Sous les traits d’une jeune fille avenante, TAY, muni d’un compte Twitter, a inondé le 23 Mars les réseaux de messages et s’est constitué un collectif d’abonnés en quelques heures. Il s’est simultanément approprié le contenu des milliers d’échanges ainsi générés et s’est mis à rediffuser et à répandre le lot de crétineries racistes ou misogynes que l’on lit habituellement sur les réseaux sociaux.

Certains commentateurs ont expliqué que des internautes « mal intentionnés » ont voulu manipuler le pauvre robot TAY obligeant Microsoft a arrêter l’expérience. En réalité Microsoft a oublié d’analyser ce qu’était la vie réelle des réseaux sociaux et s’est conformé à une appréciation rationaliste des comportements humains et surestimé la capacité d’un robot à gérer les incertitudes et à se doter d’une éthique. Cette affaire, révélée au grand public parce qu’au cœur de l’univers médiatique, jette un éclairage sur les déconvenues qui attendent les entreprises qui vont se voir proposer le remplacement de leurs salariés par des robots apprenants au prétexte que ces salariés exercent des activités automatisées, répétitives, routinières, codifiables et donc supposées facilement remplaçables par des machines (dans le genre on lira le dernier rapport de France Stratégie sur l’avenir du travail, page 14 – http://www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/ddt-avenir-travail-10-03-2016-final_0.pdf).

Le mythe de salariés exécutant un travail prescrit au millimètre est tenace et est entretenu à la fois par la culture des ingénieurs mais aussi par les épigones marxisants, convaincus de la subordination aliénée des salariés. Bref, faute d’analyser le travail réel des salariés (qui passent leur temps à contourner les règles) et de comprendre les facteurs de l’efficacité professionnelle, ces familles de « pensée » ont généralement donné aux innovations technologiques des vertus ou des maléfices disproportionnés et mythifiés. A cette occasion rappelons-nous de cette remarque de Jean Marie FAVERGE[1] dans l’ouvrage qu’il a écrit en 1955 avec André OMBREDANE (L’analyse du travail, PUF) : « D’une façon générale, et ceci est bien naturel, la direction vous apprendra comment elle a organisé l’usine, les techniciens vous diront ce que ferait un robot qu’ils auraient construit pour remplacer l’ouvrier, le contremaître vous parlera de son travail à lui, mais vous devrez trouver vous-mêmes ce que fait réellement l’ouvrier, et c’est là que commence l’analyse du travail ».

Paul Santelmann, Directeur de la Veille « emploi & qualifications » à l’AFPA



[1]Jean Marie FAVERGE, psychologue du travail, a animé les travaux du centre d’études et de recherches psychotechniques de l’ANIFRMO (qui deviendra l’AFPA) de 1947 à 1959.